DÉCODEX : VÉRIFIER LES SOURCES D'INFORMATION

Lancé le 1er février 2017 par Le Monde et son service Les Décodeurs, le Décodex se veut une réponse à la prolifération de fausses informations.

C’est peu dire que l’initiative aura déchaîné les passions. A la mesure, au fond, de celle que suscite encore Le Monde. Le quotidien qui reste de référence, en particulier auprès des acteurs de l’école, a sauté à pieds joints dans la bataille contre la désinformation en dévoilant le Décodex, une classification des sites proposant de l’information. Et s’est ramassé en retour une volée de bois vert de la part de confrères et d’intellectuels plus ou moins bien intentionnés et un tombereau d’injures de blogueurs ou animateurs de sites mis sur la sellette par le nouvel outil.

Le Décodex se décompose en trois volets :
1. Un guide d’éducation aux médias, un vade mecum de la vérification d’info, un « kit à destination des enseignants (et des autres) ».
2. Pour accompagner cette « démarche active d’éducation à l’information », les journalistes du quotidien veulent se rendre dans les classes, à l’invitation des enseignants (et pour ceux qui voudraient faire appel à des journalistes d’autres rédactions, il y a notre réseau !)
3. Un moteur de recherche ainsi qu’une extension à télécharger sur son navigateur (Chrome ou Firefox) assignant un code couleur à quelque 600 références internet. De « vert : ce site est en principe plutôt fiables » à « rouge : ce site diffuse régulièrement de fausses informations et des articles trompeurs ».

La polémique se nourrit de cette classification. Pair parmi ses pairs, Le Monde octroie donc les bons et les mauvais points. Le reproche, formulé par exemple par le journaliste critique des médias, Daniel Schneidermann, et le spécialiste du net de Libération, Vincent Glad, souligne la difficulté de qualifier le travail du journaliste – une tautologie : selon la loi, est journaliste celui qui « a pour activité principale, régulière et rétribuée l’exercice de sa profession » et celle de labelliser l’information, quand certains médias professionnels sont surpris à diffuser des informations à la fiabilité douteuse.
La critique se fait dénonciation violente chez ceux qui, de longue date, déplore l’engouement de la presse française pour la pratique du fact-checking. Le Décodex fait ainsi l’objet d’une charge de la part de l’économiste Frédéric Lordon, dont le propos excessif brouille les interrogations nécessaires sur les notions d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle dans le travail journalistique.
Et les convaincus de l’une ou l’autre sphère, dont les sites de référence n’ont pas passé l’examen du Monde, bataillent, de leur côté, sur les réseaux sociaux pour décrédibiliser le Décodex.

Ce n’est pas parmi eux que se recrute le public auquel est destiné le Décodex, selon Samuel Laurent, responsable du service des Décodeurs. Il explique avoir voulu cibler les sites diffusant sciemment des informations complotistes – « en rouge, les illuminati et les reptiliens » – pour les internautes dans le doute. « Tous les jours, les gens nous interpellent sur la fiabilité de telle ou telle information », nous indique-t-il dans une interview.

C’est une chercheuse en sciences de l’information qui avance au final la critique la plus constructive à cet outil dont l’un des mérites est d’avoir mis en lumière la complexité d’élaborer des pédagogies d’éducation à l’information. Louise Merzeau (Paris Nanterre) et son collectif « Savoirscom1 » appellent à une « communauté de vigilance informationnelle autour du Décodex » et à le faire évoluer selon des règles inspirées de Wikipédia.
Ses concepteurs ont déjà entendu certaines de ces critiques. Après de premiers changements, Samuel Laurent annonce que la classification en vert va disparaître.

NB : L’article du collectif « Savoirscom1 » propose une carte des différents points de vue et papiers publiés sur le Décodex, ainsi qu’une liste de liens vers les projets similaires.


Vous devez être connecté pour pouvoir commenter